Pourquoi piéger ?
Dans un monde où l’équilibre entre l’homme et la nature se fait de plus en plus précaire, le piégeage, loin d’être un simple acte ancestral, s’inscrit aujourd’hui dans une logique raisonnée de gestion de la faune. Il s’agit d’un outil de régulation qui répond à des enjeux écologiques, économiques et sanitaires, en particulier face à l’expansion de certaines espèces devenues prolifiques et parfois envahissantes, faute de prédateurs naturels.
Ainsi, le piégeage permet de contenir la pression exercée par des carnivores opportunistes tels que le renard (Vulpes vulpes), la fouine (Martes foina), la martre (Martes martes) ou le putois (Mustela putorius). Ces animaux, désormais rarement régulés par des chaînes trophiques naturelles, s’attaquent massivement aux couvées d’oiseaux, aux œufs, voire aux jeunes individus du petit gibier. Le renard, à lui seul, peut décimer un élevage de volailles en quelques instants. Outre les dégâts matériels, il est également porteur de maladies redoutables comme la rage, l’échinococcose alvéolaire ou la gale sarcoptique, dont la progression inquiète les autorités sanitaires, d’autant plus que l’animal colonise désormais les espaces périurbains et ruraux.
La fouine, en sus de ses attaques sur les espèces domestiques, engendre des dommages considérables dans les combles et les isolations des habitations. La martre, quant à elle, trouve dans les ruches une source de nourriture qu’elle détruit avec une efficacité redoutable, un désastre dans un contexte où les populations d’abeilles, déjà affaiblies par les pesticides, sont en péril croissant.
À cela s’ajoute la problématique des espèces exotiques introduites, comme le ragondin (Myocastor coypus) et le rat musqué (Ondatra zibethicus), autrefois prisés pour leur fourrure. Leur relâchement inconsidéré dans la nature, consécutif à la chute des marchés, illustre tristement les erreurs de l’intervention humaine. Strictement herbivores, ces rongeurs causent d’importants dommages aux cultures et aux infrastructures hydrauliques. Leur présence est également préoccupante en raison de leur rôle dans la transmission de la leptospirose, une maladie potentiellement mortelle pour l’homme.
Le vison d’Amérique (Neovison vison), le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides) et le raton laveur (Procyon lotor), également non indigènes, participent eux aussi à une perturbation des équilibres écologiques en concurrence directe avec les espèces autochtones. Quant aux oiseaux granivores à bec droit, tels les étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), ils ravagent les cultures et les vergers, tout en souillant les espaces urbains de leurs fientes, générant nuisances et dégradations.
Mais au-delà de sa vocation régulatrice, le piégeage joue parfois un rôle inattendu : celui de révélateur de biodiversité. Il arrive en effet qu’un piège permette de mettre en évidence la présence d’une espèce que l’on croyait absente d’un territoire. Ce fut le cas le 8 avril 2006, à Combertault, près de Beaune, où une genette (Genetta genetta), petit carnivore discret et protégé, fut découverte dans un piège placé près d’un ruisseau. Originaire du sud-ouest de la France, l’animal n’avait jamais été recensé dans cette région. La surprise fut grande, et la découverte immortalisée par une série de photographies, avant que la genette ne soit relâchée aussitôt, conformément à son statut d’espèce protégée.
Ainsi, loin des idées reçues, le piégeage, lorsqu’il est encadré et pratiqué dans le respect de la législation et de la faune, s’impose comme un acte de vigilance écologique, au service de la préservation des équilibres naturels et des activités humaines qui en dépendent.